Engagement n°3 : Libérer le pouvoir d'action de l'enfance

Parmi les valeurs que LUKO souhaite mettre en avant, il y a l'ambition de libérer le pouvoir d’action de l’enfance. Mais que voulons-nous dire par là ?


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Infans, infantis (latin) : qui ne parle pas. (CNRTL)

Infantiliser : Maintenir chez quelqu’un un caractère ou une mentalité infantile. (Larousse)


« Si l'on séquestre les enfants loin du monde adulte - les adultes ne sont après tout que de grands enfants qui ont l'expérience du monde - et si on rassemble dans la proportion artificielle de 1 adulte pour 20 enfants et plus, comment le résultat final pourrait-il être autre chose qu'une égalisation de l'ensemble de ces enfants à un niveau moyen (médiocre) d'intelligence? » « Il n'est donc pas étonnant que l'instruction scolaire moderne retarde le développement de l'enfant au lieu de l'accélérer. » Shulamith Firestone

Nous soutenons, à la suite de la penseuse Shulamith Firestone [1] par exemple, que le statut d’enfant, tel qu’il a été construit au cours de l’histoire récente, a pu servir bien souvent à dissimuler ou justifier la domination d’un groupe de la société, constitué des personnes de leur naissance à la date assez floue de la fin de leurs études, leur indépendance financière ou la majorité légale, en général.


"Ce groupe est placé d’office sous la tutelle de parents, sous l’autorité d’éducateur.ice.s, sa parole est disqualifiée, son opinion est ignorée, son attitude est soumise à l’obéissance, son existence est exclue d’une grande partie de la société, son devenir est en large mesure décidé à ses dépens. Bref, cette catégorie sociale subit une domination dont peu d’autres font l’expérience."


Luko s'interroge donc...et invite à la critique constructive des injustices liées au statut d’enfant et à la relation au monde que suppose ce statut.

Nous sommes, toutes et tous, notre vie durant, des apprenants. La naissance de chaque nouvelle personne est l’opportunité pour la société d’inclure un nouveau regard critique sur son existence. Chaque nouvelle génération porte en elle l’opportunité de changement et de renouveau de la société. Et nous nous interrogeons sur le fait de priver les jeunes individus de cette opportunité qui est une chance pour nous tou.te.s, tout en étant conscient de la nécessaire préservation de l'insouciance de l'enfance.


« Toute personne qui voyage pour la première fois dans un pays dont elle ne connaît ni le peuple ni la langue fait l'expérience de l'enfance. » Shulamith Firestone

C’est pourquoi notre action pédagogique se tourne en faveur des pensées et des programmes qui visent à donner aux enfants les moyens de comprendre, analyser, critiquer le monde, mais aussi de le corriger et d’apporter des solutions aux problèmes socio-environnementaux existants. Pour cela, nous élaborons par exemple sur la pensée du philosophe et pédagogue indien Jiddu Krishnamurti [2] ou du brésilien Paolo Freire [3], dont l’entreprise (quoique menée fort différemment pour chacun) a été de doter leurs élèves des outils de critique de leur condition afin de recréer leur culture sur des bases nouvelles.


De manière plus actuelle, nous rejoignons également la démarche de la méthode Design For Change [4], développée à l’école Riverside School (Ahmedabad, Inde), où les enfants apprennent dès le plus jeune âge, par le design social, à développer leur empathie pour identifier des problèmes socio-environnementaux, proches ou lointains de leur condition, puis à s’organiser collectivement afin de les résoudre, et enfin à diffuser leurs solutions pour qu’elles se répandent à plus grande échelle.


Lycéen.ne.s défilant pour le climat

C’est cela pour nous, reconsidérer l’enfant : le guider sans l’infantiliser, lui permettre réellement d’agir sur le monde et d’avoir un impact sur la société.


Le projet éducatif, à notre sens, devrait toujours se trouver à ce carrefour : entre permettre à chaque enfant d'être libre et autonome tout en l'incluant dans un projet de société à plus grande échelle.


En dernière nuance, nous nous distinguons à cet égard des pédagogies du « faire sa part ». Il ne suffit plus d’éduquer chacun à une attitude consciente pour résoudre les problématiques socio-climatiques, ni même leur faire porter le poids de nos erreurs. Il s'agit bien ici de repenser globalement un système et une vision de société. Bien plus, il nous semble que doter les enfants de moyens d’action sur le monde signifie en grande partie les former à l’organisation et l’action collective, qui seule a une efficacité réelle et s’inscrit dans la formation de l’individu au devenir de citoyen en démocratie.


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En somme, pour Luko, libérer le pouvoir d’action de l’enfance c’est d’abord ouvrir la société à l’intégration du point de vue de l'enfant, le doter des moyens d’analyse du monde qui l’entoure, et le former à l’organisation collective pour agir sur celui-ci. Nous encourageons donc les réflexions pédagogiques qui s’inscrivent dans cette démarche.

[1] Shulamith Fireston, La Dialectique du sexe (en particulier le chapitre « Pour l’abolition de l’enfance »).


[2] Jiddy Krishnamurti, De l’Education.


[3] Paolo Freire, Pedagogy of the oppressed.


[4] www.dfcworld.com/SITE

 

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